Autre numéro




n°15 (mars 2001)
Agenda-journal intersticiel de la mouvance anarcho-alternata-squat-antifa-féministe-précaires,etc. (Lôzane et ailleurs) c/o Infokiosk, Espace autogéré, av. César Roux 30, CH-1005 Lausanne

Infokiosk féministe

C’est nouveau et féministe !
Nous sommes un groupe de femmes de l’Espace autogéré, et d’ailleurs, qui construisons un Infokiosk féministe au sein de l’Infokiosk en élaboration. Issu de l’envie de créer un espace-femmes de rencontres, de revendications, de discussions, d’échanges et de fêtes (souvent non-mixtes), l’Infokiosk féministe met à disposition des fanzines, des livres, des films, de la musique, des T-shirts et autre quincaillerie féministe. L’Infokiosk féministe n’est pas seulement un espace de documentation ouvert à toutes les personnes de tous les sexes intéressées aux questions des discriminations liées à l’appartenance de genre. Depuis ce lieu, nous avons déjà prévu pour ce mois de mars plusieurs soirées féministes, dont certaines non-mixtes, comme indiqué dans le programme. L’Infokiosk féministe est également un espace où les femmes peuvent exposer leurs oeuvres (peinture, sculpture, poésie,..) et faire toutes les perfos qu’elles souhaitent (danse, musique,théâtre,...). L’Infokiosk féministe est aussi un lieu de production et de diffusion (T-shirts, brochures, articles gynéco-critiques,...)

Nous voulons ce lieu parce qu’il est nécessaire de se battre encore contre toutes les attaques du patriarcat qui se manifestent quotidiennement, pas forcément de manière flagrante, dans tous les domaines de nos vies.
Nous voulons que ce lieu soit un lieu de résistance contre toutes les formes d’oppression et de domination des femmes, qui sont les cibles privilégiées des violences et des discriminations sociales, économiques, politiques, physiques, sexuelles ou psychologiques. Il n’est entre autres pas toujours agréable pour les femmes de se promener seules le soir, ni acceptable d’être moins salariées que les hommes pour un travail identique, ni de voir en permanence des représentations sexistes de femmes via la publicité, ni réjouissant de connaître le pourcentage des femmes battues, humiliées ou violées. En tant que femmes, nous partageons l’expérience de ces oppressions et, du fait de cette expérience commune, nous pensons nécessaire d’avoir un espace de réflexion et de lutte qui puisse être non-mixte et permette ainsi une élaboration autonome de nos pensées et actions.

Chaque semaine nous nous rencontrons pour animer l’Infokiosk féministe. Toutes les femmes intéressées peuvent se joindre à ce projet, en nous aidant dans nos travaux, en participant aux événements, en amenant du matériel (articles, livres, infos, enregistrements,...) ou encore en passant boire un coup lors des soirées prévues. Contactez-nous lors des soirées programmées ou aux adresses suivantes :

Infokiosk féministe c/o Espace Autogéré, César-Roux 30, 1005 Lausanne
ou : infokioskfemmes@gmx.net.

Venez nombreuses à l’inauguration de l’Infokiosk femmes le 23 mars, qui réservera plein de surprises et de rencontres! « Les luttes des femmes changent la vie toute entière »



MANIFESTATION contre la répression policière, judiciaire et administrative

SAMEDI 17 mars 14 heures, Place de la Palud
Personne ne peut oublier le déploiement répressif sans précédent que le pays a connu lors des manifestations contre le World Economic Forum (WEF) de Davos. Des phénomènes semblables se répètent à chaque fois que les puissantEs se réunissent pour nous dicter la marche du monde estampillée néolibérale. Peu de temps avant, à Nice, lors du sommet de l’Union Européenne, la liberté de circulation, déjà très sélective, a été suspendue, les frontières internes rétablies et les libertés de réunion et de manifestation mises entre parenthèses durant plusieurs jours. Libéralisation, privatisation, mesures d’économie, lutte contre de soi-disant abus : au quotidien la vie nous est rendue de plus en plus difficile. Au travail, à l’école, au chômage, à la maison, dans les quartiers, les prisons, les hôpitaux, les institutions spécialisées, nous sommes toutes et tous touchéEs. “File droit, tais-toi ou assumes-en les conséquences” semble être le mot d’ordre tant étatique que patronal.

Toutes et tous quotidiennement nous sommes touchéEs par la répression.
Cette répression et ces tentatives de mise au pas se retrouvent aussi au niveau local à Lausanne. Depuis une année, rares sont les manifs ou actions qui n’ont pas dû y faire face. Ici, pour l’instant, pas de déploiement anti-émeute trop voyant, de lacrymo trop odorant ou de balle en caoutchouc. Une fois la manif terminée et les feux de la rampe médiatique éteints, pleuvent les convocations chez les flics et les juges, suivies souvent d’inculpations.

Le panorama répressif de l’année écoulée est le suivant (non-exhaustif):
26.02.00 Promenade antifasciste: convocations chez le juge
20.05.00 Critical mass (manif à vélo): convocations à la police et chez le juge, amendes
03.06.00 Street party: convocations à la police et chez le juge, inculpations et amendes
11.06.00 Occupation squat de la Cité: convocations à la police et chez le juge
19.07.00 Tour de France: Bouclage et occupation des toits de l’ex-Dolce Vita devenu depuis peu le nouvel Espace autogéré. Nombreuses arrestations préventives: « délit de faciès »
03.08.01120 Evacuation de Prélaz: 120 anti-émeutes, équipe de déminage et bulldozers pour arrêter les 9 dernierEs occupantEs de Prélaz. Photos, fouille, empreintes digitales, interrogatoire
09.08.00 Procès primerose: prison avec sursis pour un manifestant, recours déposé
29.08.00 Evacuation manquée et réoccupation du squat de la Cité: convocations à la police et chez le juge, enquête en cours. Plaintes pénales
23.09.00 Manif contre la répression de la culture alternative: plaintes pénales et inculpations
28.09.00 Procès contre des membres de l’Association de défense des chômeuses et chômeurs: acquittement

… sans compter la répression que subi l’affichage non-commercial, le fichage intensif d’activistes ou prétenduEs telLEs, les contrôles au faciès qui s’en suivent, le délire de la « tolérance zéro » et tout ce que nous aurions oublié…

Les autorités. Les autorités justifient la répression en se basant sur les rapports de police (sans qu’aucune interpellation ne soit effectuée) bien que celle-ci soit en général juge et partie. Ainsi lors de la Street party, la répression est « justifiée » par le fait que des déprédations auraient été commises alors que les manifestantEs se sont contentéEs de peindre la route et libéré quelqu’un des griffes de la police. Ces arguments ne sont que des prétextes. Preuve en est que suite à la manif du 23 septembre qui s’est déroulée dans le calme le plus total, des personnes se sont également vue inculpées.

La police. A chaque fois la police dit avoir formellement identifié des personnes. Il n’est pas rare que certaines ne se trouvaient pas à la manif, voire pas même en Suisse et que dans le même rapport, la police admette qu’elle a de la peine à reconnaître les gens. On observe aussi un acharnement sur certainEs, sans qu’il soit vraiment possible de déterminer pourquoi. Une fois entré dans le collimateur il semble que l’on ait droit à une sorte d’abonnement.

Les juges. La commission de police n’est comme d’hab’ qu’une caisse enregistreuse de ce que prétendent les flics, et la juge Fabarez ne manque pas une occasion de s’illustrer en outrepassant ses droits (expulsion du squat de la Cité, dans le dos de la municipalité). Etre inculpéE, même à tort, même si on est acquittéE après plusieurs années de lutte, c’est se retrouver avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête durant chaque procédure. Car entre l’inculpation et le procès des années passent. Et cela la police semble l’avoir bien compris et ne se gêne pas d’utiliser ce moyen pour intimider les gens et le mouvement dans son ensemble.

> Pour la levée immédiate des inculpations suite à des actions revendicatives, contre toute identification visuelle et contre la répression
> Pour la liberté d’expression, pour l’affichage non-commercial libre et pour un réel droit de manifestation
> Pour la liberté de mouvement, de circulation et d’établissement
> Contre la criminalisation de la pauvreté
> Contre la répression administrative
> Pour pouvoir décider librement de nos vies
> Pour une société sans sexisme, sans racisme ni exploitation

COLLECTIF DE SOLIDARITE avec les pratiques et les mouvements alternatifs
GAR ! – Groupe anti-répression



Encore Davos..

Le récit des événements paru dans le dernier T’Okup’ n’était évidemment pas exhaustif. Quelques ajouts :

- L’après-midi du 27 janvier, la police s’est livrée à des kidnappings entre Landquart, Klosters et Davos. Plutôt que de refouler les voyageurs/euses, elle les a balladéEs tout l’après-midi de bus en bus et de fouille en fouille en leur faisant croire que ces navettes les amenaient à Davos, pour finalement les refouler quand même.

- A la fin de la manif à Zurich, la police a bloqué un tram et arrêté violemment plus d’une centaine de personnes. Des cas de torture blanche (psychologique) ont été rapportés. Les ressortissantEs étrangerEs ont été expulséEs.

- A Zurich toujours, plusieurs personnes ont été grièvement blessées aux yeux par des tirs de balles en caoutchouc à hauteur de tête. On ne sait toujours pas si toutes recouvreront la vue. Des plaintes ont été déposées contre la police.

- Une manif antirépression a rassemblé plus de 1’000 personnes le samedi suivant à Berne, demandant entre autres l’interdiction des balles en caoutchouc.

- On en a marre des clichés entre bon et mauvais manifestant, casseur et pacifiste, “ouvert au dialogue” et borné. Ne nous laissons pas diviser, ni manipuler.

- Plus besoin d’organiser des manifs. Désormais les autorités et les maîtres du monde, dans leur volonté de tout contrôler, s’en chargent. Malmenées et critiquées de toutes parts, les autorités de Davos proposent aux opposantEs du World Economic Forum (WEF) de mettre gratuitement à disposition le palais des congrès. On ne sait pas si les organisateurs/trices seront désignéEs par leurs Suffisances Schwab et Smadja. Le contre-sommet et la manif n’auraient ainsi pas lieu durant le WEF pour ne pas indisposer ces Messieurs. Les paris sont ouverts : y aura-t-il une ONG ou un syndicat pour accepter ce marché de dupe au nom bien sûr d’une démarche très citoyenne ? Vous pouvez envoyer vos réponses à ATTAC Suisse.



en plus ou moins bref

La Cité n’a pas craqué
(les squatters gagnent une bataille juridique) -01.03.01-
Après 9 mois de lutte acharnée contre le propriétaire de la maison, les occupantEs du squat de la cité viennent de gagner une bataille importante. Au terme d’une procédure fleuve comportant des inspections locales, environ 6 audiences et une tentative d’expulsion manquée, la présidente du tribunal d’arrondissement de Lausanne vient en effet reconnaître aux occupantEs le droit de rester dans la maison tant que le propriétaire n’aura pas obtenu de permis de démolition et qu’il ne sera pas prêt à démarrer les travaux.
L’Etablissement Cantonal des Assurances (propriétaire de la maison) peut toujours faire recours, cependant cette décision favorable de la justice marque un pas en faveur de la reconnaissance du droit à l’occupation des bâtiments vides.

Au ruclon !
Monachon, ancien chef des stups est parti à la retraite. C’est lui qui, il y a une vingtaine d’années se cachait derrière les buissons aux Pyramides à Vidy pour traquer la fumette. C’est aussi lui, lors de l’occupation de l’espace autogéré à la Colline en 93, qui disait aux habitantEs du quartier qu’au contact des squats, les jeunes garçons devenaient tous drogués et homosexuels... Rendu célèbre dans les milieux alternatifs par le slogan “Du chichon pour Monachon”, son orgueil paternaliste s’accomodera volontiers d’avoir au moins légué à la postérité son petit nom : Gilbert.

Salaires CFF.
Ce n’est pas tant les salaires mirobolants des directeurs des chemins de fer qui sont scandaleux, c’est plutôt que tout le monde n’ait pas le même salaire qu’eux.

Salon de l’auto.
C’est en ce moment-même à Genève, aller choisir votre cercueil. Et bonne route, ou plutôt bon platane.

Le POp pour votre sécurité
La gauche au pouvoir nous réserve toujours des surprises. A Lausanne le POP et B. Métraux pleurnichent car le parti radical, pour des raisons politiciennes, leur a refusé des millions pour moderniser la police. Dans un communiqué vengeur digne de l’UDC zurichoise le POP dit craindre pour la sécurité des citoyenNEs. Il y a quelques années, M. Vuillemier, pour ce même parti, avait déjà très syndicalement proposé une augmentation des effectifs de la police pour faire diminuer le nombre d’heures sup’.
Plus de fric pour les flics, POP c’est TOP !

Nucléaire.
Le conseil fédéral a purement et simplement censuré une partie des études commanditées pour la nouvelle loi sur l’énergie nucléaire. Ne sont ainsi pas pris en compte dans les coûts du nucléaire les frais effectifs de responsabilité civile que l’atome devrait entrainer.



PRISONS : partout la même merde !

Abu-Jamal et Peltier ne sont que la pointe de l'iceberg
Dans le T’Okup’ n° 12 il a été question de Mumia Abu-Jamal, dans le couloir de la mort en raison de son activisme en faveur des communautés noires, et de Leonard Peltier, emprisonné depuis un quart de siècle pour avoir voulu défendre la cause des Amérindiens, tous deux condamnés lors de procès truqués. Des mouvements de solidarité internationaux énormes ont permis de faire connaître ces deux personnalités. Elles sont devenues des symboles des luttes des minorités aux Etats-Unis et de la féroce répression qui s’abat sur elles. La nature fondamentalement raciste de la justice de classe américaine a été démontrée de façon flagrante. Le fait que ces militants soient condamnés pour leur activisme politique permet de les considérer comme des « prisonniers politiques » (ou prisonniers de guerre, statut qui leur a toujours été refusé), bien qu’en tant que condamné par une politique donnée, tout prisonnier est en quelque sorte politique. J’aimerais pourtant préciser que Mumia et Leonard ne sont que l’infime pointe de l’iceberg. La médiatisation de leurs cas individuels ne doit pas nous faire oublier tou-te-s les autres. Quelques chiffres pour les USA : en 15 ans, le niveau de criminalité est resté stable mais la population carcérale a triplé pour atteindre 2 millions de détenu-e-s, réparti-e-s en 4500 prisons. L’administration pénitenciaire est ainsi devenue le 3e plus grand employeur du pays. La moitié des prisonniers sont condamnés pour des crimes ou délits non-violents. Un noir sur trois est actuellement en prison ou sous contrôle judiciaire, contre un sur vingt pour les blancs (soit en tout, 10% de la population).
Cette incarcération de masse correspond à une volonté politique et non à des prétendus penchants individuels pour le crime. Après avoir libéralisé l’économie à tous vents et supprimé le filet social sous l’ère Reagan, il fallait bien trouver une solution pour toute la frange de la population qui n’arrive pas à sortir de la mêlée en raison des ces mêmes politiques : la prison ! A tel point que si on ramenait le taux d’emprisonnement américain à celui de la France, le taux de chômage serait plus élevé aux USA qu’en France ! Et en Europe, rien n’est gagné, le discours de « tolérance zéro » est déjà repris à pleins poumons par la droite libérale et sécuritaire : la voie est toute tracée... On en est arrivé à un tel stade que même les défenseurs de l’enfermement n’osent plus prétendre que la prison vise la réinsertion. La prison apparaît sous son vrai jour : la répression et la stigmatisation au travers de cette institution ultra-violente (et récente dans l’histoire de l’humanité) qu’est la prison, qui existe avant tout pour protéger les intérêts de dominants et pour discipliner les pauvres, les exclus, les toxicomanes, etc. Et ce ne sont pas les quelques rares procès pour blanchissement d’argent ou corruption lancé en pâture par la presse qui vont changer le caractère parfaitement inique et partial de la justice.

Contre toutes les prisons !

KelK-1