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La maison de paille menacée (03.12.07)

La Municipalité rompt la trêve et donne un ultimatum de 20 jours pour démolir la maison autonome et écologique, dont la construction a débuté le 24 août sous l'avenue César-Roux.
En cas de refus de démolir, le syndic Brélaz annonce déjà l'évacuation forcée. La municipalité fait miroiter la promesse d'un autre terrain, mais refuse que la maison actuelle soit habitée, même de manière transitoire. Les occupant-e-s refusent ce chantage. Tout soutien est bienvenu, en particulier pour participer au chantier et aux différentes actions et activités prévues. D'autres formes de soutien sont bienvenues: envoyer un courrier des lecteurs aux journaux, en parler autour de vous ou tout simplement passer et échanger infos et arguments.

Programme
Jusqu'au 1er novembre: isolation et installation du chauffage.
2 et le 5 novembre: phyto-épuration.
6 novembre, à 18h: conseil communal au Casino de Montbenon., rassemblement et action théâtrale.
10 novembre: fête d'inauguration.

Pour se tenir au courant: autoclausanne@no-log.org

Réponse à des attaques lues dans la presse.

" Le projet n'est pas novateur. " (O. Français)
M. Français ne sait pas de quoi il parle, il ne s'est pas intéressé au projet. Il ne s'agit pas d'innovation technologique de pointe, mais d'une combinaison de techniques accessibles qui permettent un habitat réellement respectueux de l'environnement. A notre connaissance, il n'existe pas en Suisse de maison coûtant moins d'un million qui soit aussi cohérente, écologique dans sa totalité.
L'AUTOCONSTRUCTION COLLECTIVE et la RECUPERATION de matériaux nous ont permis de réduire les coûts de construction d'un facteur 10, voire presque 100. A l'avenir, ce type d'organisation sera nécessaire pour satisfaire les besoins vitaux.
Il n'existe que 3 ou 4 constructions en BOTTES DE PAILLE et ENDUITS DE TERRE CRUE en Suisse, le matériau n'y est pas encore homologué.
Les constructions contemporaines sur PILOTIS sont hyper-marginales, les initiatives intelligentes comme Domobile sont bloquées. On coule des dalles de béton pour un oui ou pour un non, et la colline du Mormont à Eclépens n'existe bientôt plus grâce à Holcim.
La combinaison TOILETTES SECHES + PHYTO-EPURATION se heurte à l'obligation de raccorder aux égouts et aux réticences de toutes sortes : on peut compter les réalisations sur les doigts de la main.
Comment ose-t-on dire que notre projet n'est pas novateur ? Si M. Français favorise les travaux publics mégalomanes (M2, Tridel) pour subventionner les entreprises privées, pariant sur une croissance débridée comme lors des " 30 glorieuses ", qu'il s'abstienne au moins de nous donner des leçons sur ce qui est novateur.

- " Leur projet n'est pas écolo, avec leurs eaux usées. " (O. Français)
L'écologie du tout-à-l'égout ne nous convainc pas, même avec une station d'épuration. Celle de Vidy n'est d'ailleurs pas à même de traiter les micro-polluants qui vont ensuite dans le Léman.
Les excréments ne sont pas des déchets et ne devraient pas être mélangés à l'eau potable. Ils sont d'une grande valeur pour la terre si on les composte avec des copeaux comme nous le faisons. Il nous reste effectivement des eaux de lavage à traiter. Nous n'y mettons que des produits biodégradables et nous les enverrons dans notre installation de phyto-épuration autonome, dès qu'elle sera prête. L'eau aura ensuite une qualité suffisante pour être rejetée plus bas dans une tranchée draînante, ce que nous vérifierons quitte à augmenter le nombre de bassin dans le cas contraire.
Dans les écosystèmes naturels, le déchet n'existe pas. Ce ne sont pas les êtres vivants qui génèrent des polluants, c'est l'industrie.

- " L'écologie est nécessaire mais elle n'autorise pas toutes les dérives " (P. Oberson)
On aimerait faire de l'écologie, ou du développement durable, en changeant le moins possible l'économie : les gouvernements se soucient de croissance durable, pour assurer des profits durables aux actionnaires... Les autorités n'ont agi que frileusement face au changement climatique, elles commencent à peine à prendre des mesures contraignantes car le pétrole devient cher et menace la croissance. (Le baril de pétrole va atteindre les 100 dollars cet hiver, on craint qu'il atteigne 300 dollars d'ici une dizaine d'années). Ceux qui disent aujourd'hui " l'écologie est nécessaire " parce qu'ils n'ont plus le choix ne se soucient en fait pas de la planète ni de la majorité de ses habitant-e-s. Nous ne voulons pas exploiter chaque ressource jusqu'à sa limite ultime, car il ne restera simplement pas une planète viable d'ici quelques années supplémentaires de ce " développement ".
Il faut changer de logique de construction, de consommation, de production pour s'approcher d'un respect réel qui passe par une décroissance économique. Alors si l'illégalité de notre démarche constitue une " dérive " qui va trop loin, ça veut dire que la loi passe avant le débat sur l'avenir. C'est ça qui serait inacceptable.

- " Chacun se doit de respecter les lois " (D. Brélaz)
Si les lois favorisent la destruction de la planète et la spéculation, il faut les braver !
On a convaincu les citoyens d'accepter que les propriétaires puissent pratiquer des loyers abusifs en les adaptant au " prix du marché ". Personne ne conteste la loi qui permet aux prix du terrain d'exploser. Aucune loi ne dissuade d'utiliser des matériaux ultra-gourmands en énergie comme le béton.
D'autres lois plus intelligentes ne sont pas respectées : les normes minimales d'isolation des bâtiments ne sont pas respectées dans la plupart des bâtiments neufs ; on n'hésite pas à déclasser des zones agricoles pour accueillir des multinationales (Amgen qui finalement a décliné l'offre pour des raisons de concurrence fiscale). Qui dicte les lois, qui les applique ?
Et doit-on empêcher l'écologie au nom de l'écologie ? Pourquoi ne pas faciliter l'implantation d'habitations complètement intégrées à leur environnement ? Intégrée ça veut dire : a) liée à des cultures (potager, verger, champs) ; b) pas d'empreinte définitive au sol = pas de dalle en béton; c) traitant et recyclant sur place les matières organiques (déchets végétaux, excréments, eaux usées) ; d) autonome en énergie.

- " A quand une nouvelle maison illégale érigée au parc de Valency ? " (Berner, service cantonal du développement territorial)
Nous n'aurions jamais construit pour durer dans un parc utilisé par la population. A plusieurs reprises, des lieux publics ont été occupés provisoirement pour dénoncer pour dénoncer des faits graves : expulsions de requérant-e-s d'asile, personnes à la rue, étudiant-e-s en manque de logement, ... Cette occupation-ci dénonce l'absence d'habitat écologique abordable, la spéculation et le bétonnage des villes et des campagnes. Nous nous sommes installé-e-s sur un terrain inutilisé, nous ne dérangeons aucun usage réel, cette construction exemplaire mérite donc de perdurer et d'être habitée.

- " Il s'agit des prémices d'un nouvel espace insalubre de non droit. " (P.-A. Voiblet)
Il s'agit pour nous d'une zone d'autonomie. Le préjugé qui affirme que l'autonomie mène nécessairement à l'insalubrité est une insulte pour les gens qui désirent prendre leur vie en main. Si M. Voiblet avait vu ce terrain avant notre arrivée, il saurait qu'il était jonché de déchets et que ce n'est plus le cas. Car lorsqu'on vit quelque part, on s'en occupe.

- " L'expérience est intéressante, mais pas question que quelqu'un y habite. " (D. Brélaz)
La ville a besoin de lieux de vie, pas de musées.
Une crise du logement aigüe sévit depuis 2002 : les loyers ne cessent d'augmenter, les listes d'attentes sont longues pour obtenir des logements subventionnés, la Ville loge des gens au camping. Nous avons besoin de maîtriser notre habitat, mais les maisons rénovables par des coopératives sont rares et les prix du terrain rendent cette " alternative " plus chère qu'une location sur le marché... Dans ce contexte, refuser un habitat à des gens qui s'en sont construit un sur un terrain inutilisé s'oppose au bon sens.
L'écologie humaine n'est pas qu'une question de matériaux. Ceci est une expérience d'habitat, qui perdrait tout son sens si nous nous limitions à y mener des " activités de jour ".

- " Vous vous appropriez un terrain public pour votre compte " (un visiteur)
Ce terrain est en fait bien plus public maintenant qu'auparavant.
Dès le départ nous avons accueilli les visiteurs et visiteuses, en leur faisant visiter la maison et en répondant à leurs questions. Nous allons continuer à le faire, l'accès au terrain ne sera pas privatif.
Nous sommes en train de créer une association pour les habitats autonomes, basée dans cette maison, dont les buts sont : a) organiser des visites de notre maison ; b) publier un document sur cette maison ; c) mettre en réseau les personnes et les associations oeuvrant pour l'autoconstruction, les habitats autonomes et la permaculture ; d) organiser des chantiers participatifs, des débats publics et des activités culturelles sur ces mêmes thèmes.

- " Ce petit groupe de provocateurs commande, à la veille des élections. " (O. Français)
Les élections ne sont pas notre problème, nous ne voulons être l'instrument d'aucun parti. L'avenir de la planète et des habitant-e-s de cette ville ne devraient pas dépendre d'aléas électoraux.
Nous ne sommes pas un groupe isolé. Notre démarche suscite l'enthousiasme d'un large public, les encouragements et les soutiens sont nombreux, notre pétition a déjà récolté 1400 signatures.