Qu'évoque pour toi le travail ? Le travail ça m'a toujours évoqué quelque chose de très négatif qu'il fallait fuir à tout prix, c'est une intuition que j'ai depuis que je suis petit, un peu comme pour la religion. Pour ça j'ai décidé que c'était mieux de faire des études, au moins ce maudit marché du travail m'aura le plus tard possible. Cela ne veut pas pour autant dire que les écoles ne soient pas un marché et qu'elles soient indépendantes du marché du travail, qu'elles endoctrinent aussi bien que le boulot et, surtout qu'avec les bourses d'études en voie de disparition, la portée de ce discours est en train de se restreindre. Mais ce n'est pas le lieu ici.... Pourquoi le travail te fait-il chier ? Je ne saurais pas l'expliquer très bien, mais c'est quelque chose qui est intimement lié au refus de la contrainte et de la pénitence, de l'expiation, notions qui, à leur tour sont pour moi associées au travail ; soit-il salarié, bénévole ou militant. Puis, bien entendu, il y a le refus de produire de la valeur monétaire (abstraite) pour un patron et cela à mon détriment, mais aussi au détriment des autres, de l'environnement, etc. Je suis sûr qu'il y a suffisamment d'emplois inutiles, voire nuisibles, à éliminer pour que ce qui reste vraiment à faire pour vivre puisse être accompli dans le respect de chacune et chacun. Comment fais-tu pour bouffer si tu veux pas ou peu travailler ? D'abord en essayant de ne pas me faire prendre au piège par la société marchande, laquelle ne cesse de me faire miroiter je ne sais pas moi quelle merveille absolument indispensable, voire vitale, comme une espèce d'appât auquel il faut mordre, inutile de dire que je me fais quand même avoir... A partir de là j'essaie donc de travailler le moins possible, préférant utiliser le temps qui me reste pour d'autres choses. Cela dit j'ai trouvé un travail qui ne m'aliène pas totalement et qui est assez proche de mes intérêts plus larges. OK, mais pour la grande partie de la population, c'est pas forcément possible de trouver un job sympa, surtout si t'as pas ou peu de formation. Te considères-tu comme un privilégié? Je suis conscient qu'il ne s'agit en tout cas pas d'une solution collective... Que tout le monde n'est pas dans une situation telle de faire un choix comme celui d'occuper des maisons vides, par exemple. Rien que si quelqu'unE est immigréE, elle voit son permis de séjour être dépendant de son travail, donc pas de job = pas de papiers, donc il ou elle gicle... C'est toute la difficulté d'accorder ses envies du moment, ses propres besoins individuels avec une perspective plus globale et sur le long terme et qu'elle soit porteuse de transformation sociale radicale. Je n'ai pas de solution dans la poche, mais ce qui est sûr c'est que les pratiques et les stratégies individuelles pour échapper aux contraintes et aux obligations (tout le monde en développe pour pouvoir survivre) doivent s'échanger et s'intégrer de façon plus cohérente, sans s'exclure réciproquement, pour qu'elles deviennent à la fois des instruments de prise de conscience et d'encouragement de la subversion de l'ordre patriar-capitalistico-marchand. |
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