Qu'évoque pour toi le travail ? Il peut évoquer plusieurs idées... quelque chose que t'es obligéE de faire pour vivre (soit pour avoir assez de thunes, soit pour survivre, soit pour réussir à te nourrir, etc...). Aussi ça évoque pour moi le poids d'une obligation qui n'est pas forcément décidée par toi-même. Il évoque, en moi, aussi un sentiment de pas être valorisée. D'un autre côté, il peut aussi évoquer un projet qui est choisi et qui fait plaisir, rémunéré ou pas. Qu'est-ce que tu entends par « un sentiment de ne pas être valorisée » ? J'entends que quand tu travailles pour des thunes, t'es souvent exploitéE et utiliséE sans tenir compte de tes envies, ta situation de vie, tes émotions ou tes talents. Tu n'es pas considéréE comme un être complet mais plutôt comme un outil, et ce que tu produis n'est pas vraiment considéré comme ta propre oeuvre. Aussi, souvent le travail des femmes n'est pas considéré comme aussi bien fait ou aussi important que celui d'un homme. Ceci est aussi souvent le cas pour le « travail » non-rémunéré, qui est en grande partie fait par les femmes. Concrètement, comment est-ce que tu gères personnellement cette question du travail dans ta vie ? En essayant de bosser dans la mesure du possible dans des endroits où je peux sentir que je fais quelque chose qui me plaît et ou je me sens vue d'une manière plus « complète ». Aussi en essayant de ne pas travailler trop pour laisser dans ma vie de la place pour d'autres centres d'intérêts et d'autres relations avec les gens. Si cela n'est pas possible, en essayant de bien séparer dans ma tête l'état de travail et celui de vie privée. En d'autres mots, essayer de ne pas considérer mon boulot comme une vraie partie de ma « vie » (et de toujours rechercher d'autres solutions !). Est-ce que tu penses que c'est possible pour le commun des gens de travailler dans un endroit qui leur plaît vraiment (surtout si t'as pas de formation reconnue) ? Crois-tu qu'on peut dire à des gens qui travaillent toute la semaine pendant des années, que leur travail n'est pas une partie de leur vie ? Je crois que, justement, tout ce que tu fais pendant très longtemps (par ex. travailler chaque jour pendant des années) devient une partie de ta vie, que tu le veuilles ou pas. Et, avec des pressions économiques et sociales, c'est presque obligé que ça devienne une partie importante de ta vie sans que tu le choisisses vraiment. C'est aussi pas toujours une solution pour des gens de pouvoir travailler dans un endroit qui leur plaît ou de travailler peu. Il y a beaucoup de facteurs ; mode de vie, famille, salaire, envies, etc. Je ne crois pas que c'est réaliste de dire que tout le monde peut trouver du travail dans un endroit qui lui plaît (moi aussi j'ai fait beaucoup de boulots que j'ai détestés), par contre l'autre extrême c'est que souvent les gens acceptent cela et ont peur de chercher autre chose. Il me semble que souvent les gens s'habituent à un travail de merde et n'osent plus en sortir. Donc le travail est un grand outil de contrôle social... Oui. Beaucoup de gens n'osent rien dire ou rien faire de peur de perdre leur emploi. Mais surtout ils/elles ont peur de vivre sans le travail, peur d'essayer une autre façon de vivre. Les pays industrialisés ont un taux de chômage durable incompressible. Le chômage est-il un premier pas vers une sortie de l'idéologie du travail ? Pour moi, ça dépend de si on parle du chômage imposé par l'Etat ou un chômage volontaire où les gens s'éloignent eux-mêmes du monde du travail. Dans la situation du chômage imposé, je crois que ça peut être utilisé aussi comme « contrôle social ». ça permet de toujours avoir des « pauvres » à exploiter, des « méchants » pour criminaliser et des « paresseux » pour dénoncer. ça continue le système hiérarchique sur lequel est basé le travail. Est-ce que, par contre, ce chômage imposé peut mener à ce que les gens s'aperçoivent qu'ils/elles arrivent à se débrouiller d'une autre manière et leur donne un regard plus objectif sur le monde du travail et ce que celui-ci leur impose ? Peut-être ça peut servir à une prise de conscience qui peut aussi mener à une sortie de l'idéologie du travail. Peux-tu revenir sur la situation spécifique des femmes... Dans le monde du travail, les femmes sont normalement moins payées que les hommes et leur travail est moins valorisé. Aussi, les femmes font la plupart du travail non-rémunéré dans le monde. Et ce « travail » n'est justement pas considéré comme tel. En gros, les femmes sont un des groupes de gens qui se trouvent en bas de la hiérarchie du travail, indépendamment de leur formation ou l'importance de ce qu'elles font (à part toujours quelques exceptions !). | ||
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